
Je suis en train de lire un bouquin très intéressant, Ne surestimons pas le talent, Manageons plutôt nos équipes, de Geoff Colvin. Comme le titre l’indique, il s’agit d’un livre sur le management et qui n’a a priori rien à voir avec l’art.
Je n’ai lu que les premiers chapitres pour le moment, donc je n’ai pas encore considéré l’ensemble du propos de ce type, mais en gros son idée est qu’il n’existerait pas de personnes dotées d’un talent inné. Au contraire selon lui et les études de chercheurs sur lesquelles il s’appuie, le talent s’acquiert par la pratique délibérée.
Il prend notamment pour exemple Mozart, Tiger Woods ou encore Bill Gates. Lorsqu’on parle de “surdoués”, ces noms reviennent souvent associés dans l’imaginaire collectif à des personnalités aux capacités intellectuelles extraordinaires. Cependant, lorsque Geoff Colvin se penche un peu plus sur les faits, il nous apprend par exemple que le père de Mozart, Leopold Mozart, lui-même musicien et compositeur, s’intéressait particulièrement à l’enseignement de la musique aux enfants, l’année de la naissance de Wolfang, il a même édité un manuel d’apprentissage du violon. Le petit Wolfang aurait donc bénéficié d’un enseignement intensif. Ses premières compositions étaient d’ailleurs corrigées par Léopold et ses premiers concertos sont des morceaux d’autres compositeurs remaniés. Lorsqu’il compose son premier chef d’oeuvre, le concerto pour piano n°9, il a alors 21 ans, mais aussi dix-huit années de pratique intensive.
De plus des manuscrits retrouvés montrent qu’il composait de manière laborieuse, en raturant, réécrivant des fragments pour parvenir à créer ses chef d’oeuvres.
De quoi ébrécher un tout petit peu le mythe et se poser beaucoup de questions sur l’origine du talent. Possède-t-il par exemple un caractère génétique ? Est-ce un hasard si l’on retrouve plusieurs artistes dans une même famille et est-ce que cela signifie automatiquement que le talent est héréditaire ?
A cela, Geoff Colvin, apporte une autre idée. Nous nous faisons une telle opinion du caractère inné du talent que par exemple, lorsque nous sommes convaincus qu’une personne en est dépourvue pour une activité quelconque, nous avons tendance à la lui déconseiller. Nos croyances conditionneraient ainsi notre avenir.
Je me rappelle que lorsque j’étais en quatrième, un de mes professeurs (un des plus détestés et incompétents) m’avait insufflée l’idée que j’étais nulle en maths. J’ai fini par m’en convaincre et effectivement les années qui ont suivies n’ont fait que confirmer ce jugement totalement arbitraire. Or, quand je me suis repenchée sur mes bulletins scolaires j’ai noté que jusqu’à cette fameuse année de quatrième, j’avais au contraire toujours eu des résultats plus qu’honorables en maths. Cependant à partir du moment où j’ai intégré involontairement cette croyance, j’ai toujours abordé cette matière en étant persuadée que je n’obtiendrais que des échecs et mes efforts n’ont par conséquent pas été très poussés, à quoi bon après tout, me disai-je ?
En revanche pour ce qui est du dessin, je viens d’une famille dont beaucoup de membres le pratiquaient et tout le monde était convaincu qu’il s’agissait d’un don de famille. Autre croyance que j’ai intégrée involontairement. Il me semblait parfaitement naturel de dessiner et j’y étais très encouragée. Je n’ai jamais mesuré mes efforts en la matière, je dessinais sans arrêt et je dessine toujours sans arrêt d’ailleurs. Je teste toutes les techniques sans appréhension, avec la seule conviction que je vais forcément aboutir à un moment donné au résultat que je recherche.
Comme je n’ai jamais pris de cours, les gens pensent qu’il s’agit d’un don inné que j’ai. Sauf que comparativement à ceux qui se disent “nuls” en dessin, j’ai surtout des années et des années de pratique acharnée (toute ma vie en fait). A la maternelle, tous les enfants dessinent et lorsque je regarde mes dessins et ceux des autres enfants de ma classe, je n’ai pas le sentiment de m’être détachée du lot à ce moment là. La seule différence, c’est que passé la maternelle, eux ont arrêté de dessiner, alors que j’ai continué.
A la rigueur, ce qui fait la particularité de chaque artiste, c’est sa vision du monde et sa sensibilité et çà, peut-être qu’il y a une petite part de génétique, mais il y a surtout une grande part de vécu, d’expériences, de rencontres, de lectures…
Bref, ce bouquin ne détient peut être pas la vérité unique, il y a matière à débat, mais il apporte une réfléxion très pertinente sur le sujet et par ailleurs il est écrit de manière très ludique et très agréable à lire. Je le conseille.